Résumés : La céramique de l’Antiquité tardive dans le sud de la Gaule

1. LA CÉRAMIQUE DE L’ANTIQUITÉ TARDIVE DANS LE SUD DE LA GAULE (IIIe– VIe siècles)

— Emmanuel PELLEGRINO : La céramique dite liguro-provençale : un marqueur du renouveau des formes et des aires de distribution de la vaisselle culinaire entre la fin du IVe et le VIe s.
À partir de la fin du IVe s., s’impose, en Provence orientale, une nouvelle catégorie de céramique culinaire au répertoire caractéristique, contrastant avec les différentes productions ayant dominé le faciès local durant du Ier au IIIe s. Longtemps considérée comme ayant été importée de Ligurie, la découverte d’au moins trois autres lieux de production dans les Alpes-Martimes et le Var a permis de la requalifier comme une catégorie liguro-provençale.
L’enquête qui a portée sur le mobilier d’une quarantaine de sites répartis dans une vaste région entre Savone (Ligurie) et Arles (Bouche-du-Rhône) a montré que l’aire de diffusion privilégiée de cette catégorie ou de ce groupe de production s’étendait de l’ouest de la Ligurie, aux actuels départements des Alpes-Maritimes et du Var. Elle se caractérise tout d’abord par sa pâte granuleuse, cuite en atmosphère oxydante pouvant prendre des aspects très variés. Le répertoire semble peu standardisé. Tout porte à croire que l’on a affaire à une production éclatée dans de nombreux ateliers s’adaptant aux ressources locales. Outre les ateliers identifiés notamment à Vintimille, à Cagnes-sur-mer et au Thoronet, on devine d’autres productions, notamment à Cannes, probablement à Fréjus et dans le Haut-Var.

Amaury GILLES, Cécile BATIGNE, Armand DESBAT, Valérie THIRION-MERLE : Céramiques fines et communes en moyenne vallée du Rhône (fin du IIIe-début du VIe s.) : un état des recherches
Les ateliers de la région de Valence, connus pour leur production de sigillée claire B et de céramiques communes micacées, ont bénéficié, de manière indirecte, de plusieurs programmes de recherche régionaux et de recherches de terrain. Ces dix dernières années ont également permis de réaliser des études documentaires et archéométriques des céramiques permettant de progresser dans la caractérisation des groupes de production.
Certaines de ces données restent inédites ou présentées au sein d’ouvrage dont la production céramique ne constitue pas le sujet principal. Dans le cadre de ce colloque, il était intéressant de présenter un état des lieux des recherches en mettant en lumière les acquis, mais également les lacunes et les potentialités de la documentation existante.
Pour ce faire, on présentera un classement typochronologique des productions réalisées à partir des données des sites de consommation.
On présentera ensuite l’état de nos connaissances sur les lieux de production et les groupes de production suspectés à partir de l’étude typologique, et parfois archéométrique de contextes de consommation.

— Cédric DA COSTA, Jérôme KOTARBA, Céline JANDOT : L’atelier de tuiliers et les terres cuites architecturales du balnéaire du site des Aybrines à Thuir (Pyrénées-Orientales)
Le site antique des Aybrines à Thuir est situé dans le département des Pyrénées-Orientales, à l’extrémité occidentale de la plaine du Roussillon, au pied de l’un des rares massifs calcaire du département. Les vestiges correspondent à ceux d’un vaste établissement rural de type villa ayant été mis au jour par le biais de quatre diagnostics et de deux fouilles préventives entre 2011 et 2021. Il a fonctionné entre le milieu du Ier s. de notre ère jusqu’au début du Ve s.
Dans un premier temps, l’atelier de potier de la villa sera présenté. Il se compose d’un minimum de deux fours en fonction durant le Bas Empire. Le premier, FR2002, a été étudié lors de la fouille de 2012 et constitue un exemple intéressant de four à canal central bien conservé. Le second a été découvert fortuitement un an plus tard lors de la réalisation de la voirie du lotissement.
L’étude d’un dépotoir domestique totalement bouleversé par les labours récents permet de poser la question d’une production de céramique en lien avec cet atelier. L’homogénéité des céramiques qui le constitue détermine l’intérêt de la série. Les céramiques fines présentent une forte homogénéité de pâte, et des caractéristiques qui sont peu fréquentes dans les productions « classiques » de la plaine du Roussillon, à savoir des pâtes très fines ne présentant pas d’inclusions de tout petits micas. Du fait de la position du territoire de Thuir, juste au débouché d’un massif calcaire, avec la possibilité de trouver des argiles issues de la désagrégation de cette roche, la particularité observée sur les céramiques fines pourrait être liée à une production locale plus qu’à des importations spécifiques. La majorité de la collecte constituant ce dépotoir appartient à un contexte homogène du Bas Empire et plus particulièrement de la première moitié du Ve siècle.
Le cœur de la présentation s’intéressera aux terres cuites architecturales retrouvées dans le balnéaire. Cet édifice est en fonction jusqu’à la fin du IVe– début du Ve s., il sera ensuite réoccupé durant le VIIe s.
Plus de1400 fragments de TCA ont été étudiés. Ils représentent une masse de 673 kg de matériau. La presque absence d’élément de comparaison dans notre zone d’étude nous a amené à réaliser une étude exhaustive afin de mettre en évidence des morphotypes et initier ainsi un catalogue des matériaux utilisés dans ce type d’édifice pour la fin de l’Antiquité dans ce secteur des Pyrénées. Malgré un fort taux de fragmentation, ce sont quatre différents types de tubuli, des bobines, des briques besales, tetradoron, bipedales, des briques de revêtement mural ou encore des briques claveaux qui ont pu être identifiés et référencés. Les questions des pâtes et du lieu de production seront abordées de même que le réemploi de matériaux.

— Benoît FAVENNEC, Claire FAISANDIER et collaborateurs : Bilan sur les 10 années de recherches sur les potiers et les tuiliers de l’Antiquité tardive (extrême fin du IVe s./Ve s.) de Las Cravieros à Fanjeaux (Aude)
Connu depuis la seconde moitié du XXe s. par des amateurs et des archéologues locaux, le site de Las Cravieros fait l’objet d’un programme de recherches pluridisciplinaires depuis 2017. Si quelques articles ont pu déjà présenté des avancées dans sa compréhension et souligner son importance à l’échelle régionale et au-delà, les 10 ans du projet sont l’occasion de dresser le bilan des travaux que ce soit d’un point de vue des vestiges, des chaines opératoires ou encore des protocoles et outils méthodologiques mis en place.
Nous évoquerons par exemple, la découverte du four le plus ancien du site et l’amélioration des connaissances sur les mises en œuvre dans les unités de cuisson de cette période. Nous traiterons aussi le répertoire potier et tuilier avec une présentation des argiles employées pour les engobes et les corps des vases, la mise en évidence de nouveaux profils, décors ou encore la métrologie des poteries fabriquées sur place. La communication permettra d’autre part d’aborder et de proposer une amélioration des courbes de référence de datations par différents moyens (profils et décors des DSP, données métrologiques, archéométriques, etc.). Nous présenterons par ailleurs un outil inédit de reconnaissance des motifs sur DSP par IA. Ces progrès concernent à la fois le site de las Cravieros, mais aussi les contextes et/ou certaines structures du territoire régional, de Gaule et de zones limitrophes. En effet, les données de Las Cravieros sont nombreuses et souvent bien conservées, les productions sont diffusées sur une large aire géographique, alors que les contextes de références font défaut pour cette période.

– Pierre MARTY : Un atelier pour quoi faire ? Les productions de l’atelier de l’ancien hôpital militaire Larrey à Toulouse (Haute-Garonne)
Les fouilles de l’hôpital Larrey, à Toulouse (Haute-Garonne), en 1988-89, ont identifié ce qui est depuis qualifié, d’atelier de Larrey. Les vestiges consistaient en un grand dépotoir céramique et en structures de cuissons fortement arasées. Depuis, sauf de rares mentions, il n’existe pas de publication sur cet atelier et ses productions, dont sont surtout connues les lampes et de probables DS.P. À la suite d’un inventaire de la collection céramique en 2023-24, il est envisageable d’élaborer une typologie des productions identifiées grâce aux surcuits et d’en préciser la datation, jusqu’alors située dans la deuxième moitié du IVe siècle.
Le nombre des ratés de cuisson permet une bonne représentation des productions et leur mise en rapport avec les céramiques découvertes dans le toulousain. L’importance des produits engobés, voir estampés, au sein de l’atelier en fait un jalon essentiel pour la compréhension de la consommation céramique entre la fin du IVe siècle et le début du Ve siècle. Quant à la révision des données concernant les structures de cuissons, elle est limitée par les rares informations de terrain, les possibles fours identifiés étant en l’état d’interprétation problématique.
L’élaboration d’un répertoire typologique et décoratif doit permettre de mieux singulariser ces productions et d’offrir une image plus précise de la consommation de céramique locale. Sera aussi esquissé la part des importations dans cette consommation et leur influence sur la production. Cette typologie de Larrey est enfin l’opportunité de replacer ces productions au sein d’un ensemble plus vaste, correspondant globalement au sud-ouest de la Gaule et de voir les influences ou les différences avec des productions plus méditerranéennes.

— François RECHIN : L’atelier céramique tardo-antique de Bayonne : des céramiques communes culinaires tournées et DS.P. destinées à la Cohorte de Novempopulanie ?
Longtemps, la tradition historiographique a attribué à Bayonne une naissance tardo-antique,  bien postérieure à celle des autres agglomérations de l’Aquitaine, et singulière de par la fonction de castrum donnée à l’agglomération, comme siège d’une garnison de troupes levées dans la province. En fait, Bayonne s’apparente dans un premier temps à une agglomération ordinaire des pays de l’Adour. C’est bien toutefois à Bayonne qu’il faut placer le Lapurdum, siège de la cohorte de Novempopulanie, indiqué par la Notitia dignitatum.
La principale activité artisanale qui a pu être repérée à Bayonne est celle de la poterie. À cet égard, une attention particulière doit être portée aux résultats de l’opération menée en 2006 sur le site du parking Tour-de-Sault. Cette intervention d’urgence a permis de mettre au jour les restes d’au moins deux fours de potier, dont la datation s’étend entre la fin du IVe et le début du Ve siècle.
La production de ces ateliers est singulière, puisqu’il s’agit de poteries culinaires tournées (écuelles et pots) et d’une vaisselle de table grise très soignée et parfois décorée (assiettes et bols) de type « dérivées de sigillées paléochrétiennes ».
En effet, alors que l’une des caractéristiques spécifiques de la région environnante est précisément d’avoir utilisé exclusivement de la vaisselle culinaire non tournée de tradition indigène et une vaisselle de table à pâte et à enduit orangés, produits dans la plaine de Tarbes, à Eauze et à Lectoure, les productions de Bayonne ne paraissent pas avoir été diffusées de façon significative en Novempopulanie au-delà de la ville même de Bayonne. Aussi, tout porte à penser que ces vases étaient réservés à la consommation (militaire ?) de cet établissement.

— Catherine RICHARTÉ, Thomas NAVARRO : Pertuis, Saint-Roch. Une production de DS.P.P. dans un établissement rural tardif de l’arrière-pays provençal
(Ve-VIs.)

Les recherches archéologiques préventives menées par l’Inrap sur le site de Saint-Roch ont permis de mettre au jour un établissement rural situé en bordure de la Durance, dont l’occupation s’étend de la seconde moitié du IIe siècle de notre ère jusqu’au milieu du Ve -VIe siècle avancés. Ce site se distingue par la diversité et la richesse de ses vestiges, témoignant d’une exploitation agricole structurée et pérenne au sein de l’hinterland provençal. La fouille a révélé la présence d’activités de production principalement tournées vers la viticulture, (aménagements de transformation du raisin et conservation du vin). Fait remarquable, les analyses ont également mis en évidence l’élaboration d’une spécialité biologique obtenue par le traitement des fruits de l’argousier (Hippophae rhamnoides), attestée par des marqueurs chimiques spécifiques constituant une découverte inédite pour la période.
Le mobilier céramique découvert sur le site est abondant et diversifié, avec un ensemble de 2840 fragments correspondant à 345 objets (NMI). Parmi ce corpus, il convient de pointer la présence d’une production originale de vaisselle en DS.P.P. (Dérivées-des-sigillées paléochrétiennes provençales), en pâte grise et orangée, lisse et décorée. Ces céramiques se distinguent par des profils et un répertoire décoratif propres, suggérant une fabrication probablement réalisée dans ses environs immédiats. Leur étude approfondie permet d’envisager des échanges et des influences entre les traditions artisanales locales et méditerranéennes.
L’ensemble de ces découvertes soulève des questions sur les pratiques de consommation des occupants, notamment à travers le choix de ce remarquable matériel gaulois enrichi d’apports méditerranéens. Elles invitent également à s’interroger sur l’économie, l’organisation des ressources agricoles et sur le rôle de cet établissement rural dans les réseaux d’échanges à la toute fin de l’Antiquité.

— Pierre RASCALOU : Les derniers ensembles céramiques (IIIe s.) livrés par l’établissement agricole du Renaussas à Valros (Hérault)
Le matériel céramique étudié appartient à la dernière occupation de l’établissement agricole du Renaussas dans la vallée de l’Hérault. L’ensemble est composé de 3123 fragments de céramiques.
Les céramiques fines présentent un groupe varié avec trois catégories principales, les sigillées sud-gauloises, les claires B et les claires C africaines. Un mortier à tête de lion, dont la découverte est rare dans la région, provient du centre de la France. Les céramiques à pâtes claires forment une part plutôt importante (20 %) et peu habituelle dans les ensembles Biterrois. Au sein des pâtes sableuses, les africaines de cuisine, les kaolinitiques, polies micacées et non tournées sont peu nombreuses. Les brunes orangées du Biterrois représentent encore plus de la moitié des tessons. L’ensemble du Renaussas apportera une contribution à la reconnaissance typo-chronologique de cette catégorie. Quelques tendances se remarquent sur la distribution des formes et pourraient aider à mieux caractériser les niveaux au sein du IIIe s. La présentation s’orientera ainsi sur l’évolution des assemblages de cette céramique dans le Biterrois.
Les amphores constituent à peine plus de 10% des fragments. C’est une part plutôt faible que l’on pourra lier à la désaffection progressive d’un conteneur lié au transport sur de longue distance ou au remplacement de la culture de la vigne par celle d’un verger.

— Sébastien BARBERAN, Hervé POMAREDES, avec la coll. de J.-Y. Breuil, Ph. Cayn et R. Gafà : Vaisselle et amphores en périphérie de Nemausus dans la seconde moitié du IIIe s. : les sites du Mas de Vignoles XIV, de Magaille Est et de Miremand à Nîmes (Gard)
L’ensemble 13264, localisé dans la proche campagne nîmoise sur la fouille du Mas de Vignoles XIV, peut être considéré, avec 540 individus, comme un point de découverte de premier plan pour la connaissance du faciès matériel du IIIe s. en Narbonnaise. Son étude permet de dresser un portrait le plus fidèle possible des principales composantes, au cours de la seconde moitié de ce siècle, de la vaisselle de table et de la batterie de cuisine en usage dans une ferme à cour centrale excavée implantée à proximité immédiate du chef-lieu de la cité de Nîmes-Nemausus. Elle offre également la possibilité de s’intéresser aux spécificités méconnues du commerce en amphores au IIIe s. et à destination de ce bassin de population. Les résultats obtenus seront ensuite mis en perspective avec les principales données matérielles collectées dans deux autres contextes de référence datés de la même période et fouillés eux aussi dans la plaine nîmoise, ceux des sites de Magaille Est et de Miremand. Ils totalisent de leur côté 349 individus supplémentaires.

 — Guillaume DUPERRON, Marc HEIJMANS, Jean PITON : Faciès de consommation et trafics commerciaux à Arles au IVe s. : nouvelles données issues du site périurbain de l’Esplanade
Les fouilles conduites en 1976 et 1984 sur le site de l’Esplanade ont mis au jour un quartier périurbain de la ville d’Arles, caractérisé par un ensemble thermal à l’ouest et un secteur résidentiel et commercial à l’est. Entièrement détruit par un incendie vers la fin du IIIe s., les thermes connaissent une nouvelle occupation à caractère principalement artisanal (verriers et chaufourniers) qui se met en place après plusieurs décennies d’abandon complet, au plus tôt au milieu du IVe s. d’après les données numismatiques. Elle ne sera que de courte durée, puisque le quartier est réaménagé, avec la construction de nouveaux bâtiments, dès la charnière des IVe et Ve s.
En 2000, une opération dirigée par Marc Heijmans a permis de fouiller deux dépotoirs (US 368/371 et US398) et un remblai (US 166) liés à l’occupation de la seconde moitié du IVe s. Ils ont livré un total de plus de 400 objets en céramique (NMI), généralement bien conservés. Si une partie des amphores a déjà fait l’objet d’une présentation préliminaire (Piton 2007), le reste du mobilier demeure inédit. L’intérêt de ce contexte réside dans sa remarquable homogénéité, cette phase étant de courte durée et faisant suite à une longue période d’abandon, ce qui limite drastiquement la part du mobilier résiduel.
Cette documentation matérielle contribue ainsi à une meilleure connaissance des trafics commerciaux et des céramiques en usage à cette époque dans la basse vallée du Rhône, où les données sur le IVe s. demeurent très limitées. Elles montrent en particulier le caractère massif des arrivages de produits africains de toutes catégories : vaisselle de table et de cuisson, amphores, lampes. Elles soulignent aussi le dynamisme des diverses productions rhodaniennes, tout particulièrement des sigillées Luisantes de Savoie, tandis qu’une large majorité des ustensiles de cuisine provient des ateliers situés entre Orange et Valence. Elles confirment enfin que l’apparition des productions régionales dîtes « DSP » ne saurait être antérieure à l’extrême fin du IVe s., celles-ci étant totalement absentes dans ce contexte.
Par conséquent, ces nouvelles données céramologiques illustrent l’intensité de l’activité commerciale sur l’axe rhodanien durant le IVe s. et témoignent du rôle économique majeur conservé par le port d’Arles en dépit des importantes destructions qui l’ont affecté à la fin du IIIe s.

— Adrien MALIGNAS, avec la coll. de M. Gourlot et L. Le Roy : Choix et utilisation d’objets en céramique dans une nécropole de l’Antiquité tardive (Pertuis, Vaucluse, IVe s.)
La nécropole de Pertuis est située à proximité d’un établissement, probablement viticole, en fonction entre le IIIe s et le VIe s. environ (fouille Inrap 2019). Elle a été mise au jour à proximité de la voierie (fouille hiver 2023, Mosaïques Archéologie). Une trentaine de tombes à inhumation de que l’on situera globalement au IVe s. ont livré du mobilier céramique relativement bien conservé. Il s’agit d’inhumations en pleine terre, dans un coffrage, sous une bâtière ou encore dans une amphore.
Généralement on retrouve une association d’un vase à liquide et un vase à solide. Les tombes en amphores restent assez rares et sont constituées d’importations africaines ou bétiques/lusitaniennes (Almagro 51c). L’analyse des traces et des gestes montre que de nombreux vases sont déposés déjà mutilés.
Ces informations permettent de distinguer des choix particuliers et de travailler sur la sémantique des objets. Les objets ne semblent pas pris au hasard, simplement pour remplir une fonction. On peut parfois mettre en évidence le choix d’un type précis d’objet lorsque celui-ci est associé à des gestes et des séquences similaires et récurrents. Ces choix peuvent donner aux objets un sens particulier et participent à la construction et l’évolution des rites. On rappellera que la nécropole de Pertuis semble davantage associée à un établissement particulier qu’à une agglomération. Ceci pourrait donc indiquer des rites associés à une mémoire « familiale » ou à une communauté assez restreinte.

— Fanny BELLET : Étude de la céramique tardo-antique de deux sites d’ampleur en plein cœur de Toulouse (Haute-Garonne) :
Métro et Parking Esquirol (IVe-VIs.)
Dans le cadre du PCR « Toulouse et l’isthme Aquitain, culture matérielle de l’Antiquité tardive », dirigé par J. Le Bomin, le mobilier céramique de deux opérations archéologiques toulousaines de la fin des années 1980-1990 a été étudié.
– Métro Esquirol : Deux phases ont été identifiées : La première phase est datée de la première moitié du Ve s. (4874 fr – 420 NMI) : Clair-D Hayes 76 ; céramiques à revêtement argileux ; CNT ; amphores hispaniques Dr. 23 et Almagro 51 a/b ; amphore africaine Keay 25 et spatheia ; amphores orientales LRa 4a. La seconde phase est datée entre le Ve et le début du VIe s. (1912 fr – 302 NMI) : Clair-D Hayes 104 ; pots de Fumigée à lèvre en crochet ; amphore africaine Keay 55a ; amphores orientale LRa4a/b.
– Parking Eskirol : Quatre phases ont été identifiées : La première phase est datée du IVe s. (919 fr – 144 NMI) : Majorité de productions de cuisson oxydante et de céramiques à revêtement argileux ; Clair-C Hayes 50 ; absence de CNT, D.SP et amphores orientales qui apparaissent au siècle suivant ; quasi-exclusivité d‘amphores d’importation hispanique dont un bord Almagro 50.
La deuxième phase est datée de la fin du IVe-1ère moitié du Ve s. (5673 fr – 998 NMI) : Sigillée Clair-D Hayes 61a/b, Hayes 58 et Hayes 69 ; imitations locales de sigillées africaines ; D.SP d’origine languedocienne et locale ; majorité de céramiques à revêtement argileux et CNT ; amphores hispaniques Almagro 51 a/b et Dr. 23 ; imitations hispaniques d’amphores africaines Keay 25 et spatheion ; amphores africaines Keay 25, spatheion de type 1 ; Keay 27 ; amphore orientale LRa 4a et LRa 3a.
La troisième phase est datée de la seconde moitié du Ve s. (757 fr – 150 NMI) : Clair-D Hayes 81a et Hayes 86 ; D.SP locales ; augmentation des céramiques à revêtement argileux gris ; augmentation de la part des céramiques fumigées ; augmentation de la part des amphores africaines et apparition du type spatheion de type 1 « tardif ».
La dernière phase est datée de la fin du Ve– début du VIe s. (2023 fr – 397 NMI) : Développement de la part des DS.P., surtout de mode B ; importance des fumigées et apparition d’un nouveau type de pot à lèvre en crochet ; amphore orientale de type LRa 4b.
Ces deux ensembles se révèlent particulièrement intéressants en raison de leur ampleur et de la variété des mobiliers qu’ils ont livrés et qu’avaient déjà notés les découvreurs. Ils contribuent notamment à une meilleure connaissance des contextes tardo-antiques dans le Toulousain et mettent en lumière l’importance de la ville dans les réseaux à moyenne et grande distance de la région à cette époque, tant du point de vue des productions locales que des importations.

— Marc BOUZAS SABATER, Lluís PALAHI GRIMAL : Contextes archéologiques et ensembles céramiques de l’époque impériale tardive et de l’Antiquité tardive provenant du vicus de Roses (Gérone, Espagne)
L’étude de la culture matérielle de Roses durant l’Antiquité tardive et l’époque wisigothique (jusqu’au VIIIᵉ siècle) met en évidence son rôle clé en tant que port de redistribution, comme l’indiquent des matériaux révélant des liens commerciaux davantage orientés vers la Gaule (Narbonne) que vers le sud (Tarraco). La présence significative d’importations gauloises, en particulier de céramiques DSP et de Terra Sigillata Lucente, se distingue par des proportions supérieures à celles documentées dans des villes plus méridionales. L’ensemble amphorique est abondant et hétérogène, avec une prédominance des importations africaines, accompagnées – à certaines phases – de matériaux provenant de Lusitanie, du sud de l’Hispanie et de la Méditerranée orientale, fréquemment associés à de la vaisselle fine de type TSA D et, à certaines périodes, à de la vaisselle de table orientale. Les différentes phases établies pour la circulation des matériaux et leur évolution correspondent, à leur tour, aux transformations de l’habitat lui-même, depuis un vicus romain jusqu’à un établissement de l’époque wisigothique. Enfin, l’étude typologique fournit des informations sur certaines particularités commerciales, telles que l’importation de produits de salaison à une période où Roses disposait de ateliers dédiés à cette production. Elle apporte également des données sur la réutilisation rituelle de contenants amphoriques pour des inhumations, en particulier infantiles.


POSTERS

— Benoît FAVENNEC, Pierre RASCALOU, Les niveaux d’occupation et d’activité potière à la charnière des IIIe et IVe s. dans le quartier du Quai d’Alsace à Narbonne (Aude)
Les données sur l’Antiquité tardive à Narbonne sont relativement rares. Cet aspect est fortement dommageable pour la compréhension des mutations topographiques et économiques de l’agglomération, capitale provinciale. Deux fouilles mitoyennes menées en 2012 et en 2024 ont permis de documenter ces points à la charnière des IIIe et IVe s. : une localisée au 14 Quai d’Alsace et la seconde au n°15.
Un ensemble de 870 fragments de céramique, pour un nombre minimum de 110 individus a été mis en évidence dans la dernière phase d’occupation de la domus occupant la partie orientale de la parcelle du 14 Quai d’Alsace. Dans la partie occidentale de la parcelle se sont deux fours fortement arasés qui ont été mis en évidence. Ils ont été construits à l’intérieur d’un grand entrepôt de stockage du Haut-Empire. La période d’activité des artisans a pu être estimée entre le milieu du IIIe et le milieu du IVe siècle. La production n’a pu être véritablement caractérisée, mais une production d’amphores régionales est fortement suspectée, ce qui serait une première pour la ville et la période.
A quelques mètres à l’ouest des précédents contextes, plusieurs ensembles céramiques homogènes ont pu être mis en évidence. Certains par leur composition apparaissent relatifs à un habitat, tandis que d’autres sont constitués de rebuts de production potière.  Ces derniers se composent de grandes coupes à pâte sableuse (semi-fine) et de céramiques engobées, qui seraient à mettre en relation avec les installations du n°14, soit à une activité potière située à un autre endroit du quartier.

— Christophe PELLECUER, Iouri BERMOND, Les productions de l’atelier tardo-antique du Bourbou à Loupian (Hérault). L’exemple d’une officine domaniale du littoral languedocien aux IVe et Ve s.
L’atelier du Bourbou, situé à proximité de la villa de Loupian, sur les bords de l’étang de Thau, a livré des rebuts de fabrication dans une ancienne carrière d’argile de deux mètres de profondeur. Cette excavation d’environ 100 m², entourée de cinq fours, contenait près de 10000 tessons de céramique, ainsi que des matériaux de construction (tuiles, briques, etc.) et des déchets domestiques des habitations voisines.
Les productions locales à pâte claire calcaire dominent pour la vaisselle et les matériaux de construction. Les potiers ont surtout fabriqué de grands récipients, comme des bassins tronconiques à lèvre éversée (type CL-REC25var) et des mortiers avec des inclusions volcaniques. Des formes plus petites, comme des cruches et des couvercles, complètent le répertoire, mais en moindre quantité. Une production de vases culinaires en « céramique brun-rouge à dégraissant fin » reprend les formes de plats à cuire et marmites des céramiques communes oxydantes micacées (COM-O-M) et à pisolithes (PISO).
Ces productions sont utilisées dans la villa voisine, pour le vaisselier comme pour la construction. La situation littorale de l’atelier suggère une distribution au moins dans le Bassin de Thau. Une étude régionale approfondie serait nécessaire pour évaluer la dimension commerciale de cet atelier.

— Guillaume DUPERRON, Patrick DE MICHELE, Les productions céramiques de la région d’Apt (Vaucluse) aux Ve-VIe s. : nouvelles données issues de la fouille de la «cave Boyer»
Les recherches archéologiques conduites dans les caves de plusieurs immeubles du centre-ville d’Apt (Vaucluse) au début des années 2000 ont permis d’identifier de nombreux vestiges appartenant au Théâtre antique de la ville. Après son démantèlement à la fin du Haut-Empire, ce monument est réinvesti durant l’Antiquité tardive pour accueillir des bâtiments d’habitation (De Michèle 2003 et 2007).
Fouillée en 2006 et 2007, la cave « Boyer » (parcelle AV35) a livré des niveaux des Ve et VIe s. bien conservés. En dépit de la surface très limitée qui a pu être fouillée, le mobilier céramique issu de ce contexte est relativement abondant, environ 250 individus. Ce lot inédit, présentant un bon état de conservation, illustre un faciès d’« arrière-pays », très peu documenté jusqu’à présent pour la Provence tardo-antique. A la différence de celui des autres centres urbains provençaux, il se caractérise par la place totalement marginale occupée par les importations méditerranéennes (moins de 5 % du total des individus).
Ce constat s’explique en partie par l’existence d’une production locale de céramiques de table « DSP » et de cuisine, mise en évidence dès les années 1980 (Kaufmann et al. 1987) mais sur laquelle les connaissances n’ont quasiment pas progressé depuis cette date. L’étude de ce nouveau contexte permet ainsi de renouveler les données disponibles et offre l’opportunité de faire un point sur le répertoire typologique et la chronologie de ce groupe de production. La question de l’étendue de sa zone de diffusion sera également abordée.

— Pierre RASCALOU, Les rejets domestiques du IIIe s. sur l’établissement antique de la Zac Eurêka à Castelnau-le-Lez (Hérault)
Le mobilier présenté provient du comblement d’une fosse située dans la cour d’un établissement rural. On compte 1332 fragments de céramiques pour au moins 214 vases. Le matériel est peu fragmenté et correspond à des rejets domestiques. La part de vaisselle est importante. Plusieurs éléments convergent pour une datation autour du milieu du IIIe s.
Parmi les céramiques fines, les sigillées sud-gauloises se limitent à quelques tessons. Les sigillées claires B rassemblent la plupart vases, assiette CLAIR-B 3, bol 15 et gobelets 67. Les importations africaines sont peu nombreuses (CLAIR‑C 50A). On note le col d’une petite cruche de type Hayes 173.
À la différence des pâtes claires, plutôt discrètes, les communes sableuses forment un ensemble important (105 bords). Une bonne partie des vases provient d’Afrique du nord (Hayes 182 et Hayes 26). Les communes régionales cuites en mode oxydant apportent surtout des pots (SABL‑O A2 et 8/9). La céramique brune orangée du Biterrois fournie 15% des fragments de vaisselle. C’est un taux important pour un site éloigné du Biterrois. Une dizaine de bords sont présents (pot A1, marmite B1, plat C3 et gobelet G2). Au sein des vases cuits en mode réducteur, les pots sont nombreux (SABL-R A8 et A9) et les marmites et plats à cuire plutôt marginaux. La part des céramiques à pâte kaolinitique apparait bien réduite pour un site du Languedoc oriental (3% des fragments de vaisselle).
Dans le groupe des amphores, les gauloises rassemblent l’essentiel des fragments tandis que les amphores africaines sont absentes.
L’examen de ces rejets débouchera sur une confrontation entre divers assemblages de céramiques culinaires recueillis tout au long de l’occupation d’un ou de deux établissements rapprochés. Enfin, vu la position géographique du site, entre Nîmes et Béziers, le travail conduira à comparer des ensembles contemporains issus des deux Cités.

— Béatrice CEPELIS, avec la coll. de G. Duperron, M.-P. Rothé, Le mobilier céramique du bassin d’infiltration BS1075 de l’espace XI du site de la Verrerie à Arles : un faciès domestique du IIIe s.
Une fouille programmée pluriannuelle menée de 2014 à 2016 sur le site de la Verrerie à Arles a livré un ensemble céramique particulièrement bien conservé et très homogène. Issu des remblais de fondation d’un bassin d’infiltration BS1075, ce matériel, qui contribue au drainage de la structure, est représenté majoritairement par des céramiques communes et des amphores. Deux monnaies de Commode fournissent un terminus post quem de 192 à cet assemblage qui peut être situé dans le premier quart du IIIe siècle. Le décompte du mobilier, issu des unités stratigraphiques 1127, 1129 et 1116, indique un NMI de 181. L’analyse typologique et quantitative est mise en perspective avec des ensembles régionaux contemporains afin de préciser la datation du comblement. L’étude du corpus céramique contribue à la documentation des faciès céramiques du IIIe siècle en contexte domestique urbain.

— Ugo SCHULLER, Le dépotoir du Cimetière de Trinquetaille à Arles (Bouches-du-Rhône) : un ensemble céramique de la fin du IIIe s.
Dans un quartier périphérique d’Arles (Bouches-du-Rhône), localisé sur la rive droite du Rhône, le site du « Cimetière de Trinquetaille » a fait l’objet de douze campagnes de fouilles menées entre 1964 et 1982. Elles ont permis de mettre au jour une vaste cour à portiques du Haut-Empire. Le site a été détruit par un incendie, probablement dans le troisième quart du IIIᵉ siècle. Par la suite, une épaisse couche de dépotoir s’est formée au-dessus de la couche d’incendie. C’est ainsi que, dans le cadre d’un mémoire de Master 1 (dir. C. Sanchez, CNRS UMR5140 ASM, Montpellier), une partie des céramiques de ce dépotoir a été étudiée. Le corpus contient plus de 700 individus présentant un bon état de conservation. Ces nouvelles données viennent contribuer à la connaissance des faciès céramiques de la fin du IIIᵉ siècle en Gaule Narbonnaise pour lesquels le nombre de contextes reste à ce jour limité. Cette étude apporte des informations sur les productions régionales, principalement issues des ateliers de la moyenne vallée du Rhône (sigillée claire B et diverses céramiques culinaires), mais aussi, en nombre significatif, de ceux du centre de la Gaule (sigillée de Lezoux). Elle livre également des données nouvelles sur le commerce méditerranéen à longue distance, avec la mise en évidence d’importations orientales, africaines, italiques et hispaniques. L’étude a également permis de documenter de nombreux objets atypiques tels que des brûle-parfums, des bouillottes ainsi que des bougeoirs.

— Jean-Christophe TRÉGLIA, Guillaume DUPERRON, avec la collaboration de D. Carru, Un dépotoir avignonnais du IIIe s. (Notre-Dame-des-Doms, Vaucluse)
Dans le cadre d’un diagnostic réalisé en 1993 par le Service d’Archéologie de Vaucluse, d’abondantes accumulations d’un dépotoir antique ont été mises en évidence sur le versant oriental de la colline de Notre-Dame-des-Doms. Le rejet de ces déchets domestiques depuis le sommet du rocher a constitué un talus très incliné au pied des à-pics. Les investissements urbains du XIXe s. ont fait disparaître les séquences médiévales, laissant affleurer les amoncellements de l’Antiquité tardive. Ces derniers scellaient un second dépotoir, objet de cette communication. En dépit de son caractère partiel, l’effectif recueilli constitue un ensemble homogène de plusieurs centaines de vases. La vaisselle fine y est illustrée par une très forte proportion de sigillée claire B (types Desbat 1a, 8, 15, 24, 32, 35, 68 ; médaillons d’applique). La batterie de cuisine repose pour l’essentiel sur une large variété d’ustensiles en céramique oxydante rhodanienne micacée, complétée par quelques récipients en pâte grise kaolinitique (ollae et bouilloires) associés à des céramiques à pâte claire (pelvis, cruches). Les amphores sont dominées par les productions du Sud de la Gaule (Gauloise 4). Les importations se résument à de rares fragments d’amphores africaines et de conteneurs ibériques (Dressel 20). La faible pénétration des produits méditerranéens semble par ailleurs confirmée par la rareté des sigillées et des ustensiles culinaires africains. Cet assemblage, daté de la première moitié du IIIe s., apporte un éclairage sur un port du Rhône encore largement méconnu et ses approvisionnements. A cette date, ces derniers paraissent étonnamment plus proches des ceux de Valence et de Lyon, que du faciès d’Arles, quelques dizaines de kilomètres en aval.

— Guillaume DUPERRON, Iouri BERMOND, Christophe PELLECUER, Un dépotoir du IIIe s. dans l’agglomération littorale de Balaruc-les-Bains (Hérault)
Une fouille de sauvetage conduite en 1995 dans le centre-ville de Balaruc-les-Bains, agglomération thermale antique installée sur la rive de l’étang de Thau, a permis de mettre partiellement au jour un sanctuaire dédié à Mars (Bermond 1998). Dans le courant du IIIe s., le bâtiment cultuel est détruit tandis que l’espace votif est partiellement recouvert par des dépotoirs. Le plus riche d’entre eux a livré, outre de très grandes quantités de déchets alimentaires (coquillages principalement), environ 1100 fragments de céramiques correspondant à une centaine d’individus. Ce contexte inédit offre l’opportunité d’une première approche du faciès matériel et des trafics commerciaux sur le littoral de Narbonnaise centrale au cours des décennies centrales du IIIe s.
Si la bonne représentation des céramiques culinaires de la région de Béziers (« BOB ») n’est guère surprenante au regard de la proximité des ateliers, la présence marquée des productions de la moyenne vallée du Rhône ‒ qui fournissent les deux tiers de la vaisselle de table (sigillée Claire B) et près d’un quart des céramiques communes (Oxydante Micacée et Kaolinitique) ‒ est en revanche remarquable et témoigne de la pérennité des réseaux d’échange mis en place dans cette partie du Languedoc dès le IIe s. (Duperron 2017).
Par ailleurs, cet ensemble se distingue des autres contextes languedociens du IIIe s. publiés jusqu’à présent par la place significative occupée par les importations africaines : près d’un quart de la vaisselle de table et plus d’un tiers des ustensiles culinaires. Ces données confirment ainsi l’intégration du port de Balaruc dans les grands réseaux commerciaux trans-maritimes, tout en soulignant la très faible pénétration de ces produits d’importation au-delà d’une étroite bande littorale.

— Susanne LANG-DESVIGNES, L’assemblage du IVe s. issu des sables du port antique d’Antibes (Alpes-Maritimes)
Les strates d’ensablement liées au commerce maritime du port antique d’Antibes (06) enfermaient pour la période du large IVe siècle un contingent de 30000 fragments pour près de 1000 individus. Ce lot est composé d’objets de bord des navires accostés et de cargaisons perdues lors des transbordements des marchandises. Garantie par la protection de l’ensablement, l’état de conservation est exceptionnel. Il nous permet de présenter un ensemble de référence pour les productions en transit dans l’extrême sud-est de la Gaule au IVe siècle : la dominance tunisienne du marché se reflète par des séries de céramiques en sigillée claire C et D et d’amphores, dont la majeure partie semble provenir de Nabeul.
Nous rencontrons de plus des productions plus rares en Narbonnaise, venant de Maurétanie Césarienne, du Sud de l’Espagne ou encore d’Italie.

— Claudio CAPELLI, Guillaume DUPERRON, Alejandro QUEVEDO, Imitations hispaniques d’amphores africaines à Arles aux IVe-Ve s.
Mise en évidence par M. Bonifay dès 2004, l’existence d’imitations d’amphores africaines des IVe-Ve s. (Afr. III/« spatheion » principalement) produites dans le sud-est de l’Espagne a par la suite été pleinement confirmée par la découverte d’ateliers, notamment dans la région de Carthagène (El Mojon). Leur diffusion demeure toutefois méconnue, en particulier en ce qui concerne le sud de la France.
Les fouilles subaquatiques récentes sur les dépotoirs portuaires du Rhône à Arles (« gisement D ») ont livré de très riches ensembles amphoriques de l’époque romaine tardive. Leur étude approfondie dans le cadre d’une thèse a révélé la présence d’une vingtaine d’exemplaires pouvant être attribués à cette production hispanique. Une approche archéométrique systématique a permis de confirmer cette provenance et dans certains cas d’identifier l’atelier producteur.
Outre la présentation de ces données inédites qui apportent un éclairage nouveau sur les échanges commerciaux en Méditerranée occidentale, l’objectif de ce poster est de faire connaître ces productions à la communauté céramologique régionale afin de faciliter leur identification.

— Sébastien BARBERAN, Mathieu OTT, Des témoins matériels d’une occupation tardo-antique sur le site de Vauguière Aéropole à Mauguio (Hérault)
Sur le site de Vauguière Aéropole à Mauguio (Hérault), en bord d’étang lagunaire, un établissement tardo-antique fournit l’essentiel du mobilier céramique (plus de 80 % des 2169 tessons collectés). L’étude de ce matériel permet de situer l’apogée de l’occupation dans les premières décennies du Ve s., notamment d’après les données des deux ensembles les plus importants, assimilés à des dépotoirs domestiques (près de 800 fr. au total). Malgré son implantation littorale, les activités de cet établissement seraient vraisemblablement non portuaires, ou en tout cas peu orientées vers le commerce par la Méditerranée, si on tient par exemple compte de l’approvisionnement en sigillée africaine D beaucoup plus faible qu’au Mas Desports ou à la Montille d’Ulmet en Camargue, mais également par rapport à des sites de l’hinterland. Localisé en bord de voie à 300 m de l’établissement, un ensemble funéraire d’une cinquantaine de sépultures accompagne l’occupation tardo-antique. Six des tombes qui le composent ont pour particularité d’être équipées de vases-cercueils correspondant systématiquement à des amphores sûrement ou probablement importées, elles, du nord de l’Afrique.

— Julie LESCURE, Hervé POMARÈDES, Ghislain BAGAN, Faciès céramiques tardo-antiques dans la haute vallée de l’Orb (Hérault) : études de cas
Le secteur géographique concerné par cette étude s’inscrit dans la haute vallée de l’Orb (Hérault). C’est dans cet espace, resté trop souvent en marge des préoccupations des chercheurs institutionnels, qu’est mené depuis 2020.
Des données récentes et inédites issues d’une fouille menée en 2024 (menée dans le cadre d’un programme de recherche associant le CNRS, l’Inrap et des association) ainsi que la reprise de données anciennes permettent de jeter un regard neuf sur les faciès céramiques de l’antiquité tardive dans ce secteur. Les sites concernés sont deux établissements de hauteur dont l’occupation est attestée durant la fin de l’Antiquité : le Cayroul (Les Aires) et Castel Vielh (Dio-et-Valquières). À cet égard, l’approche s’attachera à souligner d’éventuelles spécificités des lots céramiques en question. Il sera tout aussi opportun de confronter les données de ces deux études de cas à d’autres séries céramiques régionales languedociennes.

— Caroline LEFEBVRE, Nataëlle TOUTAIN, Le site « Cathédrale-Nord » à Vaison-la-Romaine (Vaucluse) : relecture chronologique et nouvelles perspectives à la lumière des études céramiques
Le site « Cathédrale-Nord » à Vaison-la-Romaine a fait l’objet d’importantes fouilles entre 1972 et 1982 en raison de sa proximité avec la cathédrale Notre-Dame-de-Nazareth et de la richesse de ses vestiges. En 2021, une prospection thématique a permis de reprendre l’étude de l’ensemble du mobilier archéologique afin de mieux comprendre l’histoire et les occupations successives du site. Près de 45 000 tessons de céramique, couvrant une période allant de la Protohistoire à l’époque contemporaine, ont été recensés. L’étude s’est concentrée sur les phases tardo-antique et alto-médiévale, dont l’analyse a débuté en 2022. Les premiers résultats ont conduit à une révision du phasage chronologique établi auparavant. Pour le deuxième état, l’étude de 1 327 fragments a permis de dater la réutilisation de deux espaces entre le IIIe et le début du IVe siècle. Les céramiques communes y dominent largement, notamment les céramiques grises kaolinitiques et les pâtes calcaires. Les céramiques fines, surtout de type claire B/luisante, sont également bien représentées. Une phase de remblaiement, datée de la fin du IIIe au début du IVe siècle, a été réévaluée à partir d’un mobilier plus réduit. Celui-ci montre une persistance des céramiques grises kaolinitiques et une diversification des productions communes. Enfin, le quatrième état dit « tardif » se divise en deux sous-phases. La première est datée entre le milieu du IVe et le VIe siècle et se caractérise par l’apparition des céramiques DS.P provençales. La seconde phase, encore en cours d’étude, suggère une occupation du site entre la fin du Ve et le début du VIIe siècle.